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C’est la St Valentin et on fête ça en grand ici. Renée a sorti de ses boîtes du Canada toutes sortes de décorations de circonstance : cœurs rouges, rubans et serviettes de même couleur. Des fleurs carmin ornent aussi les tables au grand plaisir de la clientèle.
Au
retour des marcheuses, nous nous rendons au restaurant-bar où Philippe
nous invite à prendre une consommation et un bon repas de bœuf et
frites. Le ciel est beau, la compagnie est joyeuse. Nous roulons vers
Coronado ou nous pouvons contempler les progrès effectués sur la
propriété que l’ancien professeur a dessinée et qu’il construit
pour y vivre avec sa fiancée, Mercedes. Ils seront au milieu des Ticos…La
jeune femme me dirige vers la maison ou vit sa mère. Celle-ci, qui a un
visage souriant et l’air jeune, est confinée, sur sa chaise dont elle
ne peut sortir qu’avec une marchette. Elle semble trouver du réconfort
dans sa dévotion a la vierge dont elle garde des reproductions autour
d’elle. Celle dont elle semble particulièrement fière et qui brille
la nuit, lui a été remise par son futur gendre…Voici un coté du
français d’origine qu’il cache bien derrière son débordement
d’humour… « Oui,
je retournerai vous voir, madame. Car vous êtes admirable dans votre résignation » Le
soir, devant un souper particulièrement délicieux, préparé par Renée
aidée de Norbert, une vraie Paela , nous assisterons à un duel de réparties
spirituelles, prononcées à la marseillaises et
autre diction inconnue de nous, par deux hommes de dons égaux en
la matière. Tout en dégustant mets raffinés et vin approprié nous
rions à gorge déployée entre
chaque bouchée évidemment…Un bon dessert au goût de fruits frais
et de rhum termine le merveilleux repas et le joyeux échange Le
18 février 2005 nous arrive un groupe tout spécial. Malgré la fatigue
d’une longue route en petit autobus nolisé, les onze voyageurs, dont
quatre enfants, leur conducteur, leur guide sont joyeux et plein
d’entrain. Ils appartiennent à un mouvement qui s’appelle « CANADIAN
VISION CARE » (CVC) . Fondé par des optométristes il y a 25
ans à Calgary, les participants se vouent à corriger la vision
d’enfants et d’adultes de pays moins nantis en examinant leurs
yeux et en leur procurant les lunettes dont ils ont besoin pour
apprendre a lire ou faire tout autre travail qui pourrait les conduire
vers la liberté. Parmi les
personnes présentes au Diquis, nous comptons : un couple
d’ophtalmologistes un couple d’optométristes, un médecin et une
infirmière, des opticiens et leurs aides, et les quatre enfants de deux
des couples. C’est au Club LYON que revient l’initiative du voyage
au Costa Rica et les coûts des verres donnés a la population. Pour ce
qui est du travail effectué par les différents spécialistes, il est
gratuit… à leur frais. A
leur frais aussi, la partie du voyage qu’ils passent au Diquis OUI,
mon voyage se poursuit bellement avec Pierre et Renée et leurs
extraordinaires invités. Malgré
tout, je pense à vous… Nous
sommes déjà rendus aux 2/3 du mois de février et le travail ne manque
pas au Diquis ni les situations cocasses…A la fin d’un bel après-midi
de soleil (pour faire changement) alors que 12 personnes sont logées
confortablement dans les villas, arrive un petit autobus nolisé dont
sortent 14 passagers fatigués assoiffés et bruyants. Ce sont des Américains
de différentes villes des États-Unis, emmenés ici par des agents
immobiliers qui veulent leur vendre des terrains au Costa Rica. Les
frais du voyage seraient très élevés d’après le flot de
protestations qui dominent les conversations. Ces gens s’attendaient
à se trouver tous dans des logements avec air climatisé. Or, au Diquis,
il n’y en que 4 qui soient dotés de tels systèmes pour le moment. L’aération est bien
contrôlée dans chaque cabine par un déshumidificateur et un puissant
ventilateur. La maîtresse des lieux a beau expliquer qu’elle n’a
jamais promis un tel luxe, les agents et le guide se défendent à qui
mieux mieux ,disant avoir mal interprété les caractéristiques du
complexe etc…On ne cède pas…Nous allons vous trouver l’hôtel répondant
à vos demandes clament les agents qui partent fébrilement vers cette
quête. Pendant
ce temps, Joëlle, la nouvelle et jolie aide de Renée, offre des
consommations à tout ce monde qui évidemment acceptent avec
soulagement. “Why,
woud’nt you go and visit the cabins before you make the decision to
leave?” Leur
dis-je dans mon meilleur Anglais. Et ,les voilà qui partent à la queue
leu leu visiter les lieux avec curiosité sous l`œil de l’hôtesse.
Ils reviennent épatés par le charme et la beauté de l’endroit et
pas du tout certains de vouloir changer de place. Quand les agents
reviennent bredouille, la discussion est de courte durée. Tous, sauf
un, choisissent de coucher au Diquis. Pierre ira conduire celui-là ,
harassé et épuisé, à un hôtel de San Isidro. Il cherche la solitude
et la paix…dit-il.
Des excuses à n’en plus finir sont offertes au Maître et à la Maîtresse
de la maison et des promesses de la meilleure publicité dans tous les
États-Unis… Un
autre groupe est avec nous ce jour-là qui observent amusés l’échange
contradictoire entre les différentes personnes sous le rancho. Ils
approuvent joyeusement l’heureuse conclusion. Ils sont 6 , trois
hommes et leurs compagnes reliés entr’eux par quelque lien de parenté
(Deux sont frères et l’une d’elles est la tante) et de solides
liens d’amitié. Ils reflètent la joie de vivre, de s’amuser et de
connaître. Ils habitent dans les environs de Montréal et d’Ottawa,
certains ont des origines à Coaticook.
Ils semblent avoir très bien réussi
dans leur domaine respectif qui leur procure satisfaction
personnelle et financière et aussi la possibilité de parcourir le
monde. Ils sont inscrits pour une semaine au Diquis avec l’intention
d’effectuer le plus de tours possibles : excursions de pêche
avec Jaime dont ils rapportent des prises magnifiques que Renée apprête
avec art et goût; ils traversent les « mangroves » où ils
peuvent observer les splendides oiseaux dont il a été question plus
haut et d’autres encore, soit de resplendissants
perroquets rouges; à Baru, ils osent affronter les hautes tours
et glisser en harnais au-dessus du canopé des arbres; ils visitent les
bords de mer des alentours et défient le flux et le reflux des hautes
vagues. Pendant de longues
heures, ils choisissent la baignade dans la piscine et le repos sur ses
bords ensoleillés (ils tourneront
au bronze-brun ou brun-rouge sans trop de douleur…) Après
une des fructueuses randonnées des pêcheurs, notre maîtresse-cuisinière
propose un repas complet aux poissons, soit ceux que lui ont offert les
héros du jour. D’abord, l’entrée, un « Cevichy » aux
crevettes fraîches et au thon. L’aide- cuisinier, en l’occurrence,
Jacques, l’un des deux frères, se propose pour préparer ce met
particulier. Il doit couper en très petits morceaux le thon, de
nombreux légumes, presser oranges et citrons et faire mariner etc…etc… Une
autre membre de la famille s’offre pour concocter une délicieuse
salade de poisson aussi… Cette aide précieuse donne le temps à Renée
d’élaborer sa recette d’apprêt pour la cuisson d’épaisses
tranches de maquereau et la garniture de son appétissant gâteau aux
bananes et noix qui sera servi avec de la crème glacée. Encore une
fois, le souper s’avère un franc succès. Et le vin coule généreusement.
L’atmosphère est à la joie. Tout-à-coup, une belle et puissante
voix s’élève qui donne le ton à un concert impromptu d’une étonnante
qualité. Nos
hôtes ne sont pas seulement de fins causeurs, qui racontent avec
entrain leurs expériences de vie et de voyages, mais ils savent
chanter. L’un après l’autre, avec la voix qui lui est propre, mais
toujours juste, ils entonnent qui un chant populaire, qui une mélodie
du passé, qui la composition d’un auteur québécois. Chaque
prestation en appelle une autre. Pierre modifie le type de musique en se
lançant avec finesse dans une spirituelle chanson à répondre. Chacun
y va de son interprétation et le rire s’ajoute aux notes. Après
le chant c’est la danse. Là aussi les genres se bousculent :
rock, meringué, salsa, danse carrée…Tous les danseurs s’en donnent
à cœur joie sur le solide plancher du rancho.
Les différentes générations y vont de leur version des règles
à suivre y compris le beau jeune couple Joëlle et son nouveau copain,
Philippe. Une grande joie de vivre règne sur tout ce monde! Quant à ma
génération, représentée par moi seule, elle bat des mains, bat des
pieds, bat des mains, bat des pieds… Bat de l’aile… « Bonsoir
la compagnie! » Heureusement
que Renée et Rosa ont pu compter sur l’aide efficace et rapide de Joëlle
au cours de cette semaine où le Diquis a compté 24 personnes pour une
nuit. Notre
joyeux groupe de Montréalais s’est dissout cette même semaine. Il ne
reste plus que Serge et sa compagne, Manon. Nous avons le plaisir de
connaître mieux ces gens à la fois humbles et fascinants. Serge a
traversé le monde par tous les moyens de locomotion possibles,
choisissant de passer ainsi ses 4 mois de vacances par année. Il nous
raconte tout simplement la très belle histoire qui suit : Il y a 4
ans, alors qu’il parcourait la côte Est du Costa Rica, il arrive dans
un petit village pauvre où il découvre une famille, composée d’une
mère et de ses quatre jeunes enfants, entassés dans un réduit dont
les murs sont en carton, et le plafond en tôle. La mère réussit
à nourrir ses petits en fabriquant, de peine et de misère, des pâtés
très prisés par ses concitoyens, des tamals. Tous les jours, elle les
vend sur un coin de rue, au centre du village. Devant cette situation
pitoyable le voyageur éprouve le besoin d’aider la jeune femme, sans
lui enlever sa fierté. « Mon métier, c’est la construction,
pourquoi ne pas lui fabriquer une petite maison avec les moyens du bord? »
c’est un coup de main que la maman accepte. Avec
une panoplie d’outils très limitée, et les matériaux rares et
difficiles à obtenir, il finit par monter un carré de maison de
dimensions convenables. Son geste lui attire un peu d’aide du curé de
la paroisse qui arrose la maison de diesel pour empêcher le ravage des
termites…Quel bonheur dans les yeux de mère et enfants quand tout est terminé! Cette
année, avec sa compagne, Manon, il décide, non sans une certaine appréhension,
de faire une nouvelle visite dans le petit village au Costa Rica.Il a la
surprise et la joie de retrouver la maisonnette toute peinturée. Les
fenêtres sont ornées de rideaux blancs, des meubles seconds, mais
propres remplissent les pièces. Des
enfants fiers, heureux et bien vêtus accueillent celui qui leur a donné
le goût de vivre. Évidemment, maman ne cache pas sa reconnaissance et
continue toujours son boulot. Tout ça nous est montré en photos par
une Manon toute émue, parce qu’elle a lu le bonheur et l’espoir
dans les yeux d’une famille qui n’en avait plus il y a quatre ans… Vers
la fin de février, Pierre m’emmène visiter des amis qui habitent non
loin d’ici et sont originaires de l’Abitibi. Il y aurait là une
surprise pour moi… J’arrive sur un beau domaine planté d’une
multitude de buissons fleuris et d’arbres magnifiques. La conception
du jardin revient aux maîtres qui ont tout ordonné, à la manière
d’un jardin botanique. Mais ce qui capte particulièrement mon
attention ce sont deux grandes cages au bout du patio. L’une contient
un joli perroquet vert et rouge à l’œil vif et quelque peu méfiant
qui serait babillard à ses heures.
L’autre, et c’est elle qui me fascine, offre à mes yeux un
magnifique grand toucan noir au cou en duvet jaune et au long bec noir,
jaune te vert. Il est bien domestiqué et joue même à cache-cache avec
sa maîtresse. II est enjoué et semble aimer la compagnie. Je ne
m’attendais pas aux dimensions si
importantes de ce bel oiseau
et j’étais très
contente de le rencontrer de si près. J’en
ai vus et entendus au Diquis mais ils étaient trop loin pour que je
puisse les apprécier. Ils seraient plus petits aussi. À
l’heure où je termine ce texte, j’ entends un chant étrange, même
dérangeant : il commence par ce qui me semble un léger
claquement, puis augmente en rapidité et en décibels jusqu’à
devenir un sifflement ou un son tellement puissant qu’il est difficile
à supporter… Ce Pavarotti du monde entomologique lancerait-il un
signal à tous les êtres de sa catégories? Quoiqu’il en soit, des
ensembles plus ou moins éloignés joignent leur partition au concert général
qui s’achemine vers un puissant et envoûtant crescendo, éliminant
toute concurrence…À près une demie-heure…un profond
silence…Puis, ce sont les grenouilles et leur grinçant croassement
qui nous imposent leur chant d’amour. Oui, les premières, c’étaient
les cigales, m’a-on dit. Comme c’est le cas pour tous les autres
insectes, leurs dimensions sont beaucoup plus importantes que celles des
nôtres et leur voix aussi… Je
croyais avoir observé tout ce qui se passait dans les alentours du
Diquis, mais, voilà que j’en découvre encore. En ce matin ensoleillé
du début de mars, je sors
de ma villa et je vois voltigeant lentement
tout près de moi, un magnifique papillon bleu qui scintille
glorieusement dans la lumière éblouissante comme lui. Je ne pourrai
plus me plaindre de ne le voir que passer… Un
autre être m’a fait le plaisir de se montrer à moi dans toute sa
splendeur. C’est Renée qui me le fait observer ou plutôt les fait
observer: deux beaux toucans. L’un
d’eux vole des pommes d’eau dans le grand pommier à côté de la
« bodega », et l’autre l’appelle d’un haute branche de l’arbre
voisin. Je puis observer leurs sauts et écouter leur drôle de chant
pendant plusieurs minutes. Ils nichent donc quelque part sur le terrain contrairement à
ce que je croyais. Je
rencontre toujours des gens intéressants et cultivés qui
m’apprennent de nouvelles choses. Hier soir, un couple de
Montréal, pleins de joie de vivre, de vitalité et de
connaissances discutent avec moi de leur travail : lui est
travailleur autonome. Il ouvre, entre autre ,des sites sur internet pour
les artistes ; elle est bibliothécaire. Ils ont beaucoup voyagé
et aiment partager leurs
expériences. Ce soir, ils ont une mission secrète.
À la demande de mon fils et de ma belle-fille, ils doivent jeter
sur moi un œil discret au cas où j’aurais peur de demeurer
seule…Bon, pourtant, c’est moi qui leur avait suggéré une petite
sortie. Ce qu’ils font si peu souvent! Ça, c’est de la
surprotection, mes enfants… Ils
avaient même demander ce service à un autre charmant couple. Tout
s’est bien passé et je n’ai même pas eu la chance de savoir si je
pouvais avoir peur… Dans
cette vaste étendue noire, menacée par l’orage avec un livre
d’horreur dans les mains… Ce
soir, une exposition d’aquarelles est organisée à la Palmeraie que
je vous ai déjà décrite. Ce sont les œuvres de Michèle Moutquin une
artiste d’origine belge de talent éclectique impressionnant . Ici
encore on sent l’effort accompli par la petite communauté pour créer
un mouvement artistique et culturel
durable sous la vigilance
des patrons de l’hôtel et autres notables de la place Aujourd’hui,
le 6 mars. Ce que le temps passe vite en l’agréable compagnie de mon
fils et de ma belle-fille et celle des amis passagers et permanents!
L’un de ces derniers, Jaime, comme pour me faire oublier mon humeur
triste, m’offre un tour inattendu. Lui et sa compagne, Marcie, ont
aperçu des familles de singes hurleurs dans les arbres tout près de
leur demeure. Ils pourraient venir me chercher dès demain matin pour
que je puisse enfin contempler ces animaux que je n’ai pu
qu’apercevoir il y a environ un mois. A peine entrée dans la grande forêt tropicale, aux troncs
immenses et au sommet touffu, mon ouï est envahi par un ensemble de
cris sourds, puissants, qui se répercutent dans tout l’environnement.
J’imagine que les auteurs ont au moins les proportions d’un ours
noir…Mais non, je vois des familles de petits singes d’environ trois
pieds de haut qui gambadent agilement d’une branche à l’autre. Ils
sont nombreux et merveilleux. Oui,
j’entrevoie mon départ du paradis avec appréhension, même si j’ai
hâte de vous retrouver, mes enfants, mes petits-enfants et mes amis. Heureusement
que Danielle arrivera
demain avec son enthousiasme coutumier et ses projets de nouvelles
randonnées… Elle m’aidera certainement
à traverser cette étape avec sérénité. À
bientôt, Mireille |