Retour à l'accueil / Texte 1

C’est la St Valentin et on fête ça en grand ici. Renée a sorti de ses boîtes du Canada toutes sortes de décorations de circonstance : cœurs rouges, rubans et serviettes de même couleur. Des fleurs carmin ornent aussi les tables au grand plaisir de la clientèle.


Ce soir, nous sommes invités à une grande fête. À La Palmeraie, restaurant-bar, propriété d’un couple de Provençaux : souper de fine cuisine, plus défilé de mode.


Après avoir monté un long escalier de « stucco » corail, nous pénétrons dans un décor exotique, inspiré de la Provence et des pays nord africains. Presque toutes les lignes sont courbes ou arrondies : la grande piscine et le bain tourbillon, les fenêtres en ogive. Les photos et les dessins représentant la Provence sont à l’avenant.


C’est dans cette atmosphère qu’apparaissent de jolies mannequins bien entraînées qui n’ont rien à envier à celles des grands centres. Elles ne sont que six, sept peut-être? Depuis des fillettes très douées de huit, dix ans jusqu’à la personne du troisième age, incroyablement expressive, en passant par la jeunesse épanouie et gracieuse de Vicky. Elles campent élégamment de magnifiques paréos dans toutes leur variété de drapés jusqu’aux incroyables créations de Marianne dont la boutique mode est une source de surprenantes découvertes.


Au cours de la semaine suivante, Renée et moi acceptons l’invitation de Philippe, (le voisin du Diquis pour quelques jours encore), qui nous emmène sur le bord de cette mer, dont la force et la variété infinie des vagues  m’émerveillent toujours. Alors que Renée et Mercedes marchent sur le  sable jusqu’à la pointe, Philippe me tient compagnie. Il me fait observer les bateaux de pêche au loin, qui déploient leurs longs bras pour mieux surprendre les  poissons. Il me signale une magnifique volée de pélicans qui planent au-dessus de nos têtes . Je sors ma caméra. Bon, trop tard…Je les aurai encore manqués. « Demeurez aux aguets, me dit mon patient guide, je les ferai revenir »…Comme à l’appel, ils reviennent…Je les photographie, mais à l’envers. On verra ce que ça donne…

Au retour des marcheuses, nous nous rendons au restaurant-bar où Philippe nous invite à prendre une consommation et un bon repas de bœuf et frites. Le ciel est beau, la compagnie est joyeuse. Nous roulons vers Coronado ou nous pouvons contempler les progrès effectués sur la propriété que l’ancien professeur a dessinée et qu’il construit pour y vivre avec sa fiancée, Mercedes. Ils seront au milieu des Ticos…La jeune femme me dirige vers la maison ou vit sa mère. Celle-ci, qui a un visage souriant et l’air jeune, est confinée, sur sa chaise dont elle ne peut sortir qu’avec une marchette. Elle semble trouver du réconfort dans sa dévotion a la vierge dont elle garde des reproductions autour d’elle. Celle dont elle semble particulièrement fière et qui brille la nuit, lui a été remise par son futur gendre…Voici un coté du français d’origine qu’il cache bien derrière son débordement d’humour…

« Oui, je retournerai vous voir, madame. Car vous êtes admirable dans votre résignation »

Le soir, devant un souper particulièrement délicieux, préparé par Renée aidée de Norbert, une vraie Paela , nous assisterons à un duel de réparties spirituelles, prononcées à la marseillaises et  autre diction inconnue de nous, par deux hommes de dons égaux en la matière. Tout en dégustant mets raffinés et vin approprié nous rions à gorge déployée  entre chaque bouchée évidemment…Un bon dessert au goût de fruits frais  et de rhum termine le merveilleux repas et le joyeux échange

Le 18 février 2005 nous arrive un groupe tout spécial. Malgré la fatigue d’une longue route en petit autobus nolisé, les onze voyageurs, dont quatre enfants, leur conducteur, leur guide sont joyeux et plein d’entrain. Ils appartiennent à un mouvement qui s’appelle « CANADIAN VISION CARE » (CVC) . Fondé par des optométristes il y a 25 ans à Calgary, les participants se vouent à corriger la vision d’enfants et d’adultes de pays moins nantis en examinant leurs  yeux et en leur procurant les lunettes dont ils ont besoin pour apprendre a lire ou faire tout autre travail qui pourrait les conduire vers la liberté.  Parmi les personnes présentes au Diquis, nous comptons : un couple d’ophtalmologistes un couple d’optométristes, un médecin et une infirmière, des opticiens et leurs aides, et les quatre enfants de deux des couples. C’est au Club LYON que revient l’initiative du voyage au Costa Rica et les coûts des verres donnés a la population. Pour ce qui est du travail effectué par les différents spécialistes, il est gratuit… à leur frais.  A leur frais aussi, la partie du voyage qu’ils passent au Diquis

OUI,  mon voyage se poursuit bellement avec Pierre et Renée et leurs extraordinaires invités.  Malgré tout, je pense à vous… 

Nous sommes déjà rendus aux 2/3 du mois de février et le travail ne manque pas au Diquis ni les situations cocasses…A la fin d’un bel après-midi de soleil (pour faire changement) alors que 12 personnes sont logées confortablement dans les villas, arrive un petit autobus nolisé dont sortent 14 passagers fatigués assoiffés et bruyants. Ce sont des Américains de différentes villes des États-Unis, emmenés ici par des agents immobiliers qui veulent leur vendre des terrains au Costa Rica. Les frais du voyage seraient très élevés d’après le flot de protestations qui dominent les conversations. Ces gens s’attendaient à se trouver tous dans des logements avec air climatisé. Or, au Diquis, il n’y en que 4 qui soient dotés  de tels systèmes pour le moment. L’aération est bien contrôlée dans chaque cabine par un déshumidificateur et un puissant ventilateur. La maîtresse des lieux a beau expliquer qu’elle n’a jamais promis un tel luxe, les agents et le guide se défendent à qui mieux mieux ,disant avoir mal interprété les caractéristiques du complexe etc…On ne cède pas…Nous allons vous trouver l’hôtel répondant à vos demandes clament les agents qui partent fébrilement vers cette quête.

Pendant ce temps, Joëlle, la nouvelle et jolie aide de Renée, offre des consommations à tout ce monde qui évidemment acceptent avec soulagement. “Why, woud’nt you go and visit the cabins before you make the decision to leave?” Leur dis-je dans mon meilleur Anglais. Et ,les voilà qui partent à la queue leu leu visiter les lieux avec curiosité sous l`œil de l’hôtesse. Ils reviennent épatés par le charme et la beauté de l’endroit et pas du tout certains de vouloir changer de place. Quand les agents reviennent bredouille, la discussion est de courte durée. Tous, sauf un, choisissent de coucher au Diquis. Pierre ira conduire celui-là , harassé et épuisé, à un hôtel de San Isidro. Il cherche la solitude et la paix…dit-il. Des excuses à n’en plus finir sont offertes au Maître et à la Maîtresse de la maison et des promesses de la meilleure publicité dans tous les États-Unis…

Un autre groupe est avec nous ce jour-là qui observent amusés l’échange contradictoire entre les différentes personnes sous le rancho. Ils approuvent joyeusement l’heureuse conclusion. Ils sont 6 , trois hommes et leurs compagnes reliés entr’eux par quelque lien de parenté (Deux sont frères et l’une d’elles est la tante) et de solides liens d’amitié. Ils reflètent la joie de vivre, de s’amuser et de connaître. Ils habitent dans les environs de Montréal et d’Ottawa, certains ont des origines à Coaticook.  Ils semblent avoir très bien réussi  dans leur domaine respectif qui leur procure satisfaction personnelle et financière et aussi la possibilité de parcourir le monde. Ils sont inscrits pour une semaine au Diquis avec l’intention d’effectuer le plus de tours possibles : excursions de pêche avec Jaime dont ils rapportent des prises magnifiques que Renée apprête avec art et goût; ils traversent les « mangroves » où ils peuvent observer les splendides oiseaux dont il a été question plus haut et d’autres encore, soit de resplendissants  perroquets rouges; à Baru, ils osent affronter les hautes tours et glisser en harnais au-dessus du canopé des arbres; ils visitent les bords de mer des alentours et défient le flux et le reflux des hautes vagues.  Pendant de longues heures, ils choisissent la baignade dans la piscine et le repos sur ses bords ensoleillés (ils  tourneront au bronze-brun ou brun-rouge sans trop de douleur…)

Après une des fructueuses randonnées des pêcheurs, notre maîtresse-cuisinière propose un repas complet aux poissons, soit ceux que lui ont offert les héros du jour. D’abord, l’entrée, un « Cevichy » aux crevettes fraîches et au thon. L’aide- cuisinier, en l’occurrence, Jacques, l’un des deux frères, se propose pour préparer ce met particulier. Il doit couper en très petits morceaux le thon, de nombreux légumes, presser oranges et citrons et faire mariner etc…etc…

Une autre membre de la famille s’offre pour concocter une délicieuse salade de poisson aussi… Cette aide précieuse donne le temps à Renée d’élaborer sa recette d’apprêt pour la cuisson d’épaisses tranches de maquereau et la garniture de son appétissant gâteau aux bananes et noix qui sera servi avec de la crème glacée. Encore une fois, le souper s’avère un franc succès. Et le vin coule généreusement. L’atmosphère est à la joie. Tout-à-coup, une belle et puissante voix s’élève qui donne le ton à un concert impromptu d’une étonnante qualité.

Nos hôtes ne sont pas seulement de fins causeurs, qui racontent avec entrain leurs expériences de vie et de voyages, mais ils savent chanter. L’un après l’autre, avec la voix qui lui est propre, mais toujours juste, ils entonnent qui un chant populaire, qui une mélodie du passé, qui la composition d’un auteur québécois. Chaque prestation en appelle une autre. Pierre modifie le type de musique en se lançant avec finesse dans une spirituelle chanson à répondre. Chacun y va de son interprétation et le rire s’ajoute aux notes.

Après le chant c’est la danse. Là aussi les genres se bousculent : rock, meringué, salsa, danse carrée…Tous les danseurs s’en donnent à cœur joie sur le solide plancher du rancho.  Les différentes générations y vont de leur version des règles à suivre y compris le beau jeune couple Joëlle et son nouveau copain, Philippe. Une grande joie de vivre règne sur tout ce monde! Quant à ma génération, représentée par moi seule, elle bat des mains, bat des pieds, bat des mains, bat des pieds… Bat de l’aile… « Bonsoir la compagnie! »

Heureusement que Renée et Rosa ont pu compter sur l’aide efficace et rapide de Joëlle au cours de cette semaine où le Diquis a compté 24 personnes pour une nuit.

Notre joyeux groupe de Montréalais s’est dissout cette même semaine. Il ne reste plus que Serge et sa compagne, Manon. Nous avons le plaisir de connaître mieux ces gens à la fois humbles et fascinants. Serge a traversé le monde par tous les moyens de locomotion possibles, choisissant de passer ainsi ses 4 mois de vacances par année. Il nous raconte tout simplement la très belle histoire qui suit : Il y a 4 ans, alors qu’il parcourait la côte Est du Costa Rica, il arrive dans un petit village pauvre où il découvre une famille, composée d’une mère et de ses quatre jeunes enfants, entassés dans un réduit dont  les murs sont en carton, et le plafond en tôle. La mère réussit à nourrir ses petits en fabriquant, de peine et de misère, des pâtés très prisés par ses concitoyens, des tamals. Tous les jours, elle les vend sur un coin de rue, au centre du village. Devant cette situation pitoyable le voyageur éprouve le besoin d’aider la jeune femme, sans lui enlever sa fierté. « Mon métier, c’est la construction, pourquoi ne pas lui fabriquer une petite maison avec les moyens du bord? » c’est un coup de main que la maman accepte.

Avec une panoplie d’outils très limitée, et les matériaux rares et difficiles à obtenir, il finit par monter un carré de maison de dimensions convenables. Son geste lui attire un peu d’aide du curé de la paroisse qui arrose la maison de diesel pour empêcher le ravage des termites…Quel bonheur dans les yeux  de mère et enfants quand tout est terminé!

Cette année, avec sa compagne, Manon, il décide, non sans une certaine appréhension, de faire une nouvelle visite dans le petit village au Costa Rica.Il a la surprise et la joie de retrouver la maisonnette toute peinturée. Les fenêtres sont ornées de rideaux blancs, des meubles seconds, mais propres remplissent les pièces.  Des enfants fiers, heureux et bien vêtus accueillent celui qui leur a donné le goût de vivre. Évidemment, maman ne cache pas sa reconnaissance et continue toujours son boulot. Tout ça nous est montré en photos par une Manon toute émue, parce qu’elle a lu le bonheur et l’espoir dans les yeux d’une famille qui n’en avait plus il y a quatre ans…

Vers la fin de février, Pierre m’emmène visiter des amis qui habitent non loin d’ici et sont originaires de l’Abitibi. Il y aurait là une surprise pour moi… J’arrive sur un beau domaine planté d’une multitude de buissons fleuris et d’arbres magnifiques. La conception du jardin revient aux maîtres qui ont tout ordonné, à la manière d’un jardin botanique. Mais ce qui capte particulièrement mon attention ce sont deux grandes cages au bout du patio. L’une contient un joli perroquet vert et rouge à l’œil vif et quelque peu méfiant qui serait babillard à ses heures. L’autre, et c’est elle qui me fascine, offre à mes yeux un magnifique grand toucan noir au cou en duvet jaune et au long bec noir, jaune te vert. Il est bien domestiqué et joue même à cache-cache avec sa maîtresse. II est enjoué et semble aimer la compagnie. Je ne m’attendais pas aux dimensions si  importantes de ce bel oiseau  et j’étais  très contente de le rencontrer de si près. J’en ai vus et entendus au Diquis mais ils étaient trop loin pour que je puisse les apprécier. Ils seraient plus petits aussi.

À l’heure où je termine ce texte, j’ entends un chant étrange, même dérangeant : il commence par ce qui me semble un léger claquement, puis augmente en rapidité et en décibels jusqu’à devenir un sifflement ou un son tellement puissant qu’il est difficile à supporter… Ce Pavarotti du monde entomologique lancerait-il un signal à tous les êtres de sa catégories? Quoiqu’il en soit, des ensembles plus ou moins éloignés joignent leur partition au concert général qui s’achemine vers un puissant et envoûtant crescendo, éliminant toute concurrence…À près une demie-heure…un profond silence…Puis, ce sont les grenouilles et leur grinçant croassement  qui nous imposent leur chant d’amour. Oui, les premières, c’étaient les cigales, m’a-on dit. Comme c’est le cas pour tous les autres insectes, leurs dimensions sont beaucoup plus importantes que celles des nôtres et leur voix aussi…

Je croyais avoir observé tout ce qui se passait dans les alentours du Diquis, mais, voilà que j’en découvre encore. En ce matin ensoleillé du début de mars,  je sors de ma villa et je vois voltigeant lentement  tout près de moi, un magnifique papillon bleu qui scintille glorieusement dans la lumière éblouissante comme lui. Je ne pourrai plus me plaindre de ne le voir que passer…

Un autre être m’a fait le plaisir de se montrer à moi dans toute sa splendeur. C’est Renée qui me le fait observer ou plutôt les fait observer: deux beaux toucans.  L’un d’eux vole des pommes d’eau dans le grand pommier à côté de la « bodega »,  et l’autre l’appelle d’un haute branche de l’arbre voisin. Je puis observer leurs sauts et écouter leur drôle de chant pendant plusieurs minutes.

 Ils nichent donc quelque part sur le terrain contrairement à ce que je croyais.

Je rencontre toujours des gens intéressants et cultivés qui m’apprennent de nouvelles choses. Hier soir, un couple de  Montréal, pleins de joie de vivre, de vitalité et de connaissances discutent avec moi de leur travail : lui est travailleur autonome. Il ouvre, entre autre ,des sites sur internet pour les artistes ; elle est bibliothécaire. Ils ont beaucoup voyagé et aiment partager  leurs expériences. Ce soir, ils ont une mission secrète.  À la demande de mon fils et de ma belle-fille, ils doivent jeter sur moi un œil discret au cas où j’aurais peur de demeurer seule…Bon, pourtant, c’est moi qui leur avait suggéré une petite sortie. Ce qu’ils font si peu souvent! Ça, c’est de la surprotection, mes enfants…

Ils avaient même demander ce service à un autre charmant couple. Tout s’est bien passé et je n’ai même pas eu la chance de savoir si je pouvais avoir peur…

Dans cette vaste étendue noire, menacée par l’orage avec un livre d’horreur dans les mains…

Ce soir, une exposition d’aquarelles est organisée à la Palmeraie que je vous ai déjà décrite. Ce sont les œuvres de Michèle Moutquin une artiste d’origine belge de talent éclectique impressionnant . Ici encore on sent l’effort accompli par la petite communauté pour créer un mouvement artistique et culturel  durable sous la  vigilance des patrons de l’hôtel et autres notables de la place

Aujourd’hui, le 6 mars. Ce que le temps passe vite en l’agréable compagnie de mon fils et de ma belle-fille et celle des amis passagers et permanents! L’un de ces derniers, Jaime, comme pour me faire oublier mon humeur triste, m’offre un tour inattendu. Lui et sa compagne, Marcie, ont aperçu des familles de singes hurleurs dans les arbres tout près de leur demeure. Ils pourraient venir me chercher dès demain matin pour que je puisse enfin contempler ces animaux que je n’ai pu qu’apercevoir il y a environ un mois.  A peine entrée dans la grande forêt tropicale, aux troncs immenses et au sommet touffu, mon ouï est envahi par un ensemble de cris sourds, puissants, qui se répercutent dans tout l’environnement. J’imagine que les auteurs ont au moins les proportions d’un ours noir…Mais non, je vois des familles de petits singes d’environ trois pieds de haut qui gambadent agilement d’une branche à l’autre. Ils sont nombreux et merveilleux.

Oui, j’entrevoie mon départ du paradis avec appréhension, même si j’ai hâte de vous retrouver, mes enfants, mes petits-enfants et mes amis.

Heureusement que Danielle  arrivera demain avec son enthousiasme coutumier et ses projets de nouvelles randonnées… Elle m’aidera  certainement à traverser cette étape avec sérénité.

À bientôt,

Mireille

Haut de page      Texte 1